Naïvement, je pensais pourtant que le plus dur avait été fait, que notre génie avait fait l’unanimité, faisant deux ou trois fois le tour du globe, bluffant la moitié des rédactions, surprenant le légendaire Jefferson Hack, allant même jusqu’à inspirer l’équipe de Penny Martin, rédactrice en chef de The Gentlewoman. Je m’étais convaincue qu’on était déjà devenu une référence dans le beau petit monde de la presse indépendante et que le succès attendait de frapper à notre porte avec une boite de beignets trop sucrés en guise de récompense.

Tout ça, jusqu’à ce qu’on doive sortir ce second numéro et que l’on se retrouve seuls, face à notre reflet dans le fond d’écran obscur de notre ordinateur en veille.

La veille, voilà tout ce que j’avais en tête. Les joies et les effluves d’hier, un voile opaque devant les yeux, une épaisse pellicule de contre-coup au fond du crâne et l’envie de déconnecter. On met tellement d’amour dans un premier numéro, tellement d’énergie, d’ardeur et d’intensité, que l’on se vide toujours un peu quand il touche à sa fin. C’est comme préparer un grand voyage durant des mois pour ne partir qu’un court weekend. L’accalmie entre deux numéros, c’est la stupeur d’un baby blues auquel on ne s’attend pas. Sans les couches mais avec le même sourire niais.

Et puis, soyons honnêtes cher second numéro, j’avais eu vent de ta mauvaise réputation. Je dois dire qu’avant de te connaître, je ne t’aimais pas beaucoup. Ta suffisance, ton orgueil prématuré, ton insolence sans réserve, ton manque d’ambition et ton absence de folie ont fait de toi le rejeté du monde de l’édition. Tu es, la plupart du temps, plus décevant qu’un homme politique et plus trompeur qu’un coussinet adhésif en silicone. Pourtant, aussi décisif qu’un deuxième rendez-vous amoureux, tu as le pouvoir de faire fuir ou de convaincre. Mais être à la hauteur deux fois de suite, c’est compliqué. C’est donc avec la confiance d’un moustique sur un pare-brise que nous sommes partis à ton assaut.

Nous n’avions alors qu’une seule certitude, celle de puiser dans chacune de nos passions, partir à la conquête de ceux qui nous fascinent, sans retenue et avec la fougue d’un groupe de gamins intrépides. Avec la pleine conscience des challenges, nous en avons fait une thématique majeure de ce second numéro. Des parcours inhabituels aux success stories, nous avons tenu à donner la parole à une poignée d’innovateurs passionnés, dont les points communs sont cette armée de défis à relever et de risques à prendre.

A l’image de Chad DiNenna, fondateur d’un empire du nom de Nixon, les destins sont parfois écrits très tôt, à l’encre d’une fascination. D’autres cassent les codes, comme Colin Tunstall en créant Saturdays. D’autres encore, comme Morgan Maassen, se les approprient. Certains utilisent les outils mis à leur disposition pour mettre au jour leur talent. Pour Alex Strohl, c’est la photographie. Quant à Benjamin Jeanjean, il use de son art pour faire naitre un projet d’entrepreneuriat social et faire changer les mentalités. Des CEO comme Michael Wystrach prennent appui sur leur expérience personnelle afin de fonder un projet d’envergure tel que Freshly. Comme un fil tendu entre deux montagnes, certains évoquent une sensation de vertige, un besoin d’équilibre et de connexion avec l’environnement qui les entoure telle la communauté réunie autour de la Swenson House ou du projet Summit, fondé par Jeff Rosenthal. Chacune des personnes qui a participé à ce Volume 02 nous a dévoilé l’énergie nécessaire à la réalisation de projets collectifs, l’importance d’être dans l’instant et l’exigence de la discipline, comme en témoigne Patrick Dempsey et sa vie à 100km/h.

Cher second numéro, alors que tu n’étais jusqu’alors qu’un second numéro, tu es devenu l’incarnation d’une détermination, d’une simple résolution, celle d’être à la hauteur de ceux qui nous lisent. La trêve d’entre deux numéros a finalement tourné court lorsqu’on s’est donné pour mission de faire encore mieux et d’aller à la rencontre des précurseurs, des rationnels, des impétueux et des obstinés.

La boite de beignets trop sucrés attendra certainement encore un peu mais nous sommes heureux d’être allés jusqu’au bout de ce nouveau magazine.

Note à moi-même. Jusqu’ici, tout va bien.

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English, Français