Avec une deadline finale fixée à hier, est-ce qu’on peut prétendre être encore dans les temps? Etre en retard sur un premier numéro, ça craint.

Il y a 10 ans, je faisais mes premières piges. A l’époque, j’avais décidé de plaquer mon avenir prometteur à la radio pour devenir journaliste indépendante spécialisée dans la presse surf. La raison à tout ça était coincée entre un désir de liberté, une histoire de passion débordante, et soyons honnêtes, une incapacité évidente à faire autre chose.

J’ai passé les 10 dernières années de ma vie à poser des questions à une poignée de longboardeurs puristes résistants et à tenter de décrypter le cerveau d’artistes torturés et insolents. J’ai, sans chronologie aucune, tiré le portrait de surfeurs performants, habité sur un voilier de 9 mètres de long, harcelé les rédactions des quatre coins du monde pour un bout de page, décrit avec minutie et poésie le travail des shapeurs et artisans, eu une relation sérieuse avec Skype, noirci des dizaines de fibres cellulosiques végétales à grands coups d’encrier, eu des discussions à sens unique avec des photographes, passé d’innombrables soirées à regarder mon document word dans le blanc des yeux, vécu des centaines de voyages en Australie, de roadtrips au Costa Rica ou autres surf trips au Sri Lanka, le tout par procuration, via des fichiers photos plus lourds que l’oncle gênant le soir de Noël. J’ai eu des tête-à-têtes romantiques mémorables avec mon dictaphone, j’ai connu la salle d’attente bondée de l’email sans réponse, eu un aperçu des plus belles vagues au monde, retracé le combat et le courage des associations fauchées mais solidaires, j’ai écouté des milliers de récits, de témoignages, de sentiments et souvenirs, en tentant de mettre tout ça sur papier. J’ai, à force de ténacité insupportable et de monomanie qui paralyse, réussi à réaliser mon rêve; celui d’écrire. Voilà pour les présentations. Des millions de mots plus tard, nous voilà.

J’étais donc loin des levées de fonds, valorisations, séries A, chiffres d’affaires, investissements, bootstrapping, amorçage, lean startup, ou autres acronymes barbares. Mais nous avions, sans le savoir, vous et moi, ce virus en commun, cette idée fixe un brin maniaque pour l’entrepreneuriat. Swenson s’adresse aux passionnés, à cette communauté de créateurs inventifs tournée vers l’extérieur, qui n’a qu’une seule psychose, celle de réaliser ses rêves. Swenson donne la parole à ceux qu’on prend tantôt pour des fous tantôt pour des héros, pour des imposteurs ou des idoles. Swenson évoque tous ceux animés par l’instinct, guidés par la passion, la créativité et le désir d’entreprendre. En s’inspirant de la conviction de Lauren L. Hill, la communauté réunie autour de Patrick Long, la transparence conseillée par Rick Ridgeway, la détermination de Maya Gabeira, l’authenticité de Charlotte Hand, l’inventivité de Jay Nelson, et la perception révolutionnaire de Jason Fried, Swenson propose une vision moderne de l’entrepreneuriat.

Avec un peu de chance, quand on aura noirci plus de pages encore, écouté des milliers de rêves de créateurs, et de projets concrétisés d’entrepreneurs, de surfeurs, d’artisans, de photographes, de designers, illustrateurs, skateboardeurs, voyageurs, aventuriers, explorateurs, environnementalistes, alpinistes, activistes, athlètes, et passionnés en tous genres, Swenson sera devenu, presque accidentellement, à l’image d’un Deus Ex Machina de Dare Jennings, un projet transversal audacieux dont on parlera encore dans 10 ans. Avant ça, on va se contenter d’être tout simplement un peu moins en retard en bouclant ce premier numéro.

Puisqu’on est capables de laisser une trace, faisons en sorte qu’elle soit belle.

Informations complémentaires

Poids ND
Langue

English, Français