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Acteur le jour, entrepreneur la nuit. Thomas Middleditch, la vedette canadienne de la série télé de
HBO Silicon Valley, ne joue pas seulement à l’entrepreneur dans le rôle de Richard Hendricks. Dans la vraie vie, Thomas est investisseur, défenseur engagé de l’environnement et amoureux des grands espaces. Nous nous sommes aventurés à West Hollywood, où nous avons partagé avec lui un bol de saumon Teriyaki pour parler de succès, de passion et de son master plan dans cette industrie du cinéma si particulière.

Thomas, peux-tu nous raconter un peu tes débuts et ce qui t’a poussé à devenir comédien ?

J’ai grandi au Canada et j’étais dans une école où il y avait une troupe d’improvisation, ce qui était
plutôt rare. J’ai eu la chance de tomber sur un professeur de théâtre qui a détecté quelque chose en
moi et m’a fait jouer dans des pièces. A l’époque, il y avait une émission de sketches à la télé qui s’appelait « The Kids in the Hall ». Les comédiens étaient des dieux vivants pour les enfants de mon âge, je voulais être comme eux. C’est ce qui m’a poussé à me lancer et à partir à Toronto, puis à Chicago, pour rejoindre Second City (ndlr, troupe d’improvisation), en me disant que je deviendrai célèbre comme ça. Mais ça n’a pas marché ! Je suis donc ensuite parti à New York, pour enfin atterrir ici à Hollywood. Les opportunités sont ensuite arrivées au fil de l’eau. Je pourrais continuer longtemps à vous raconter tout ça, mais vous risquez de vous ennuyer [rires] !

 

Il n’y a pas d’algorithme, pas une façon définie de faire les choses

 

Non, c’est cool justement ! On rencontre beaucoup d’entrepreneurs et c’est toujours intéressant de savoir ce qui s’est passé avant qu’ils réussissent.

Oui, bien sûr ! J’y pense aussi parfois, à tout le chemin parcouru depuis que j’ai commencé dans
cette petite ville hippie du Canada. Il y a eu beaucoup d’à-coups. Surtout maintenant, ça ne tombe
pas du ciel, vous devez être proactif, provoquer la chance et espérer que les gens voient que ce que vous faites est bien. Il n’y a pas d’algorithme, pas une façon définie de faire les choses. De jeunes comédiens ou acteurs me demandent comment j’ai fait. Je n’ai pas spécialement de conseil à leur donner mais avec le recul, je sais ce qui a fonctionné pour moi. À Toronto, c’était de jouer dans des sketchs et faire de l’impro autant que possible. À Chicago, c’était globalement la même chose mais à un autre niveau chez Second City. Et à New York enfin, pareil, même si là j’ai commencé à faire des pubs et à écrire des sketchs. Si vous êtes proactif, les gens remarqueront que vous produisez du contenu. Il ne faut pas être inactif, car lorsqu’il s’agit de comédie, il faut vouloir faire des choses drôles et exister à votre manière. Donc oui, vous pouvez bien sûr jouer de théâtre en théâtre, mais pourquoi ne pas faire votre petit truc à vous ? C’est ce que j’ai fait avec YouTube, même si cela n’avait pas encore l’ampleur que ça a aujourd’hui, il n’y avait pas de chaînes et toute la culture qui gravite autour. Ça a évolué mais ne pas s’en servir aurait été un peu idiot. Certains ont explosé grâce à YouTube, et ils ont probablement gagné beaucoup plus d’argent que moi, peu importe ce que vous pensez de leur contenu [rires].

 

Avec le temps, tu comprends qu’il y a tellement de choses qui sont indépendantes de ta volonté que ça ne marchera pas comme ça

 

C’est clair ! Est-ce que tu gères ta carrière d’acteur comme un entrepreneur ? As-tu comme dans une startup, un master plan qui dit « dans 5 ou 10 ans, voici mon objectif » ?

Tout à fait ! Enfin, avant j’avais des objectifs très précis, mais avec le temps, tu comprends qu’il y a tellement de choses qui sont indépendantes de ta volonté que ça ne marchera pas comme ça. Il s’agit donc plus pour moi aujourd’hui de faire plein de choses qui me plaisent et qui auront peut-être une répercussion, plutôt que de dire « je veux uniquement faire ça ». Car si c’est ton seul objectif et que ça ne se réalise pas, qu’est-ce que tu vas faire ? Bien sûr, j’aimerais travailler avec Quentin Tarantino ou Wes Anderson, mais je suis conscient que les chances que cela se produise sont plus minces que ce que je peux penser. Donc j’ai appris à revoir un peu mes prétentions et maintenant je me dis juste que je veux travailler avec des réalisateurs qui m’inspirent. Dans une industrie aussi particulière que le cinéma, ta version de la réussite doit pouvoir changer rapidement parce que les choses se passent rarement comme prévu. Je ne savais pas que j’allais jouer dans Silicon Valley sur HBO et je ne pouvais pas prévoir que cette série allait connaître un tel succès. Ce n’était pas le plan, alors….

 

 

Et comment gères-tu cela ?

En fait, cela crée beaucoup plus de possibilités. À Hollywood, il est toujours bon d’être associé au succès, si vous montrez que ce que vous faites est bien et que vous en êtes capable, c’est encore mieux. Une fois que t’as fait quelque chose qui a marché, on te propose beaucoup plus de projets intéressants, même si tu ne peux jamais prévoir d’où ça viendra. Prenons l’exemple avec HBO : au début je travaillais avec les co-créateurs de Silicon Valley sur un spectacle qui n’avait rien à voir. Ils m’avaient retenu car j’en avais réalisé un similaire et qu’ils l’avaient trouvé génial. Nous étions encore en train de développer le pilote et ils m’ont dit : « Hey, on prépare une autre émission avec HBO. Ça s’appelle Silicon Valley et on pense que ça pourrait te plaire. » Le rêve est devenu réalité. Donc, le spectacle initial n’a pas eu lieu, mais à grâce à cette première relation, ils ont littéralement écrit le rôle de Richard (ndlr, le personnage principal de la série) pour moi, et je l’ai eu. Ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut pas planifier ce genre de choses. C’est de la pure sérendipité, je n’aurais jamais eu ce rôle si je n’avais pas été proactif sur totalement autre chose, à y passer des nuits entières. C’est exactement ce que fait Richard dans la série avec sa startup d’ailleurs. Ce qui est plus difficile, c’est de savoir quand il faut avoir peur. Beaucoup de personnes se sont cassées les dents à écrire des scénarios et réaliser des films parce qu’ils s’en tenaient strictement à leur façon de voir les choses. Ils sont inflexibles et cela devient impossible de travailler avec eux. En même temps si vous êtes trop flexible, vous vous laissez commander et ce n’est pas bon non plus. Il faut trouver le juste équilibre entre les deux.

D’ailleurs en parlant de balance, comment arrives-tu à concilier la série sur HBO et tes projets personnels ?

Jusqu’à présent c’est très facile de travailler avec HBO. On tourne environ quatre mois dans l’année, donc je fais ce que je veux le reste du temps. Je peux tourner dans d’autres films ou travailler sur d’autres projets. Ça se remplit très vite alors je m’efforce de trouver un peu de temps pour profiter de la vie aussi. J’ai beaucoup de passions, j’adore notamment les avions donc j’ai passé ma licence de pilote. J’investis aussi dans des startups. Bref, ce n’est pas facile d’équilibrer tout cela et c’est parfois un peu stressant.

Qu’est-ce qui te plaît dans le fait de piloter des avions ?

Plein de choses. Avant tout les avions eux-mêmes, le bruit des moteurs. Je m’intéresse à tous les types d’avions, j’aime faire des recherches. J’aime bien sûr les faire voler et ça m’amuse aussi beaucoup de parler à la radio avec tout ce jargon. Prendre un avion et partir quelque part est la meilleure sensation qui soit. L’Amérique du Nord possède beaucoup de petits aéroports où tu peux atterrir. L’année dernière, j’ai survolé le Parc National de Zion, c’était magnifique, une des plus belles choses que j’ai vues. C’est difficile de transmettre ce sentiment de liberté, l’excitation et le défi que cela représente. Demain, je m’envole pour San Francisco, juste pour la journée, mais le prochain grand voyage ça sera le Canada cet été. Il y a un petit aéroport dans ma ville natale où je n’ai encore jamais atterri, alors je vais aller là-bas et explorer les montagnes de la Colombie-Britannique. Je dois aussi voler sur la côte Est car je suis en tournée là-bas avec un ami pour une comédie. Donc je vais certainement prendre l’avion d’ici jusque dans le Connecticut, puis New York, D.C., Philadelphie.

As-tu déjà eu peur ?

Oui… Une fois l’année dernière, je volais vers l’Utah, et il y avait des turbulences hallucinantes, je rebondissais partout dans la cabine, ma tête heurtait le toit de l’avion et ça ne faisait pas du tout rire ma femme. J’ai voulu atterrir sur une piste privée. Il y avait l’aérodrome, un peu d’espace, puis les montagnes. Lors de mon approche alors que j’étais à environ 30 mètres du sol, le vent m’a littéralement poussé contre la piste. C’était un atterrissage très effrayant.

Tu as évoqué le fait que tu investissais dans des startups. Quels sont les projets qui t’intéressent et de quelle manière t’impliques-tu ?

Tous les projets dans lesquels j’investis doivent avoir un impact “green”, d’une manière ou d’une autre. Je veux activement participer à la protection de l’environnement, et mes investissements sont une bonne façon pour y parvenir. Cela étant dit, je peux investir aussi bien dans la food, comme avec Beyond Burger, ou dans des projets d’assainissement de l’eau. Je suis moins intéressé par les applications ou les projets industriels. C’est un peu absurde mais grâce au succès de la série dans laquelle je joue, j’ai pu très facilement aller à San Francisco, pour rencontrer des projets et investir dedans. Je n’ai pas des millions et des millions de dollars à investir, alors je fais trois ou quatre investissements de 25 000 $ par an et c’est déjà pas mal pour moi !

 

 

Ton engagement pour l’environnement, en quoi ça consiste concrètement ?

En tant qu’investisseur, j’essaie de joindre le geste à la parole en investissant dans des entreprises qui ont un impact positif. En tant qu’acteur, je fais en sorte que ces sujets fassent partie du débat. Je collabore également avec des organisations, je suis membre depuis longtemps du Sierra Club. Je pense qu’il y a aussi des choix individuels que nous pouvons faire. Je sais que cela peut sembler absurde pour quelqu’un qui pilote un avion privé, mais je ne mange de la viande qu’une fois par semaine et je ne mange plus de viande rouge du tout. La liste s’allonge. Le mouvement prend de l’ampleur et ça devient de plus en plus excitant parce que les gens cherchent vraiment de plus en plus à manger sainement.

Revenons à ta carrière pour conclure. Finalement tu es un peu le CEO de ta propre personne, comment ça se passe ?

Je pense que dans ce métier certaines personnes ne s’intéressent qu’à faire de l’argent alors que d’autres ne pensent qu’à l’art. Je crois que le meilleur moyen de réussir est de mixer un peu les deux. Il faut voir les choses avec un peu de tactique et parfois de narcissisme, comme si on était une marque. C’est comme ça. Mais parfois, je me dis que ce serait bien de s’arrêter un peu et de me concentrer sur l’homme que je vois dans le miroir.

 

Lire l’interview complète dans Swenson Mag Vol.03
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