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L’Europe moderne a émergé en parallèle de révolutions dans la fabrication du papier, l’impression et la reliure. Cela a réinventé l’accès à l’information et transformé la façon dont les gens apprenaient, échangeaient les uns avec les autres et travaillaient. Et si vous lancez Jennifer Brook, Staff Researcher chez Dropbox, sur le sujet, elle vous dira que le développement actuel de la technologie est une révolution d’une ampleur similaire qui impactera demain notre travail et notre façon de créer. Entretien.

Jennifer, la technologie s’est invitée dans nos vies de différentes manières, sans que nous nous en rendions compte, Dropbox y compris. Qu’est-ce qui vous motive à travailler pour Dropbox aujourd’hui ?

La mission de Dropbox est de libérer l’énergie créative du monde en concevant des méthodes de
travail plus abouties. En tant que Staff Researcher, je travaille sur le terrain pour étudier et comprendre l’environnement de travail, les cultures et les valeurs d’équipes extrêmement collaboratives. Lorsque nous parlons d’environnement, je veux dire où, comment et avec qui nous
travaillons, et la façon dont nous pensons que le travail doit être fait ou pas. La culture a une influence directe sur cet environnement et a donc un impact sur les types d’outils dont les travailleurs ont besoin. Il y a donc des outils et des environnements. Si nous pouvons mieux comprendre les environnements, nous pouvons mieux concevoir les outils. Et plus les outils sont bien conçus, plus nous pouvons libérer notre créativité. C’est là qu’intervient Dropbox.

 

 

Dropbox a pour mission de faciliter le travail en équipe. Y a-t-il un projet récent qui illustre ce point de vue ?

Aider les autres à résoudre des problèmes majeurs est la plus grande opportunité que nous ayons.
C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de rejoindre Dropbox à plein temps après avoir travaillé pour eux en tant que consultante indépendante. Vous êtes mis au défi de trouver des solutions à des problèmes qui vous passionnent suffisamment pour travailler pendant de longues heures. Par
exemple, nous avons récemment mené une recherche en collaboration avec le responsable du
Programme pour le Développement des Nations Unies. Il supervise 30 à 40 bureaux répartis dans le monde entier. Dropbox l’a aidé à créer une culture ouverte permettant aux équipes en Haïti ou en Namibie de voir ce sur quoi les autres bureaux avançaient et de travailler ensemble pour résoudre des problèmes majeurs, en s’affranchissant des fuseaux horaires et des frontières. Je me suis sentie inspirée par leurs histoires.

Avez-vous toujours été intéressée par le design et la technologie ?

Non ! J’ai passé une bonne partie de mes vingt ans à vivre dans une cabane perchée dans un arbre
que j’ai aidé à construire. J’ai travaillé dans des ateliers de fabrication de livres et de gravures, en
Caroline du Nord. Ce n’est qu’à la fin de ma vingtaine que j’ai commencé à m’intéresser au design et à l’entrepreneuriat. Je me suis abonnée à Fast Company et cela m’a ouvert les yeux. J’ai commencé à faire des liens entre l’histoire du livre et la technologie. En Europe, la rencontre de la fabrication du papier, de la reliure et de l’impression a établi les fondements de la société moderne. J’ai réalisé que le même genre de changement se produisait à notre époque avec les nouvelles technologies. Tout d’un coup, ça a été le déclic. Je voulais travailler dans l’édition et réfléchir à la façon dont la technologie allait changer cela. Lorsque j’ai déménagé à New York, on m’a offert un poste au New York Times en tant qu’architecte du design de l’information. Le mobile commençait à peine à se développer et à se propager et pendant longtemps, j’ai été la seule personne au NYT à travailler sur ce genre de sujets. Cela signifiait beaucoup d’opportunités intéressantes au début de ma carrière. Par exemple, j’ai passé environ un mois à travailler sur la première version de l’application iPad du NYT pour Apple. Quelques semaines plus tard, j’ai présenté l’application sur scène lors de la conférence de presse iPad à Cupertino, aux côtés de Steve Jobs.

 

J’en ai retenu qu’il y a une différence entre le développement d’un produit pensé pour l’utilisateur et un produit développé sur un coup de tête

 

Steve Jobs en personne ! De quelle façon vos expériences avec Apple et le New York Times vous ont elles influencée ?

Cela m’a fait découvrir la pratique de la recherche. Nous pouvions prendre des décisions chez Apple, même si nous étions isolés de nos pairs, privés de toute donnée, grâce à la recherche que nous avions menée l’été précédent. En fait, j’avais demandé à notre Head of Research si nous pouvions faire des études sur les utilisateurs de nos applications mobiles. Nous n’avions aucune idée de ce que nos utilisateurs faisaient ou essayaient de faire avec notre application et pourquoi ils l’utilisaient. Nous avons passé un été à nous immerger dans leur quotidien et à essayer de comprendre comment ils utilisaient le mobile. Cette prise en compte du contexte nous a aidé à prendre des décisions sur le produit plus pertinentes et éclairées une fois chez Apple. J’en ai retenu qu’il y a une différence entre le développement d’un produit pensé pour l’utilisateur et un produit développé sur un coup de tête. La recherche et le développement de produits fondés sur des données probantes ont une valeur énorme. À partir de ce moment-là, j’ai décidé que je ne voulais plus jamais travailler sur la conception de produits sans un processus de recherche qualitative. Et parce que je m’étais fait cette promesse, cela impliquait souvent que c’était moi en charge de la recherche ! Après le New York Times, j’ai travaillé comme consultante indépendante pendant quatre ou cinq ans afin d’aider les entreprises dans leur processus de recherche.

 

De la même manière que Nike étudie des athlètes pour élaborer ses produits, nous étudions des équipes qui réussissent parfaitement à travailler de manière collaborative

 

Maintenant que vous êtes chez Dropbox, comment réalisez-vous vos recherches ?

Dropbox aime faciliter le travail créatif. Cela signifie que nous devons comprendre comment ce travail complexe est effectué. De la même manière que Nike étudie des athlètes pour élaborer ses produits, nous étudions des équipes qui réussissent parfaitement à travailler de manière collaborative. Nous essayons de comprendre les raisons de leur succès, afin de transposer leurs méthodes de travail dans les outils que nous élaborons pour aider d’autres équipes à travailler comme eux. L’année dernière, nous avons par exemple étudié huit équipes issues du monde de l’éducation, du théâtre, du design et du marketing. Toutes sont incroyablement concentrées sur leur mission. Elles pouvaient faire n’importe quelle tâche, mais elles savaient exactement où elles allaient et le monde qu’elles voulaient créer. Nous les avons observées travailler ensemble et notre vision sur les conditions de d’organisation de ces équipes est maintenant très claire. Nous savons à quel type de modèle nous devons aspirer si nous voulons concevoir des solutions pour soutenir un travail incroyable de co-création et de collaboration. Si nous réussissons, nous avons une chance de concevoir des outils qui reflètent ces dream teams, et peut-être même de faire progresser d’autres équipes.

En vous basant sur vos recherches, qu’est-ce qui différencie ces dream teams ?

Nous avons étudié deux phénomènes. D’abord, il y a toujours un culture maker, celui qui va créer la culture. Il peut s’agir d’une personne ou de plusieurs personnes, mais dans tous les cas ce culture maker va façonner activement la culture de l’équipe et la tirer vers le haut. Deuxièmement, la plupart de ces équipes ont des normes comportementales explicites entre elles. C’est une norme culturelle chez l’Homme, nous formons des groupes, nous créons des normes implicites sur la façon de se comporter et la façon dont nous allons travailler et communiquer. Ces équipes, en revanche, ont explicitement précisé leurs normes et les ont façonnées ensemble. C’est fascinant. Elles ne se sentaient pas passives ou dans l’incapacité de contrôler leur propre relation. Au contraire, elles ont joué un rôle actif en les façonnant et en les créant ensemble. Si nous appliquons cette même logique à Dropbox, nous pouvons agir en tant que culture maker dans le monde entier, et façonner positivement les conditions de travail par le biais de normes explicites.

Avez-vous une méthode pour cela, pour identifier ces normes explicites ?

Nous avons mis au point une boîte à outils. En fait, nous utilisons des photos d’animaux ! Nous
jouons à un jeu qui nous aide à parler de nos valeurs individuelles. Il s’agit d’une simple conversation. Tout d’abord, nous nous concentrons sur une expérience positive de travail en équipe, puis sur une autre qui a été frustrante ou compliquée. Dans les deux cas, nous choisissons un animal qui incarne cette histoire et qui nous aide à exprimer rapidement nos valeurs fondamentales. En définitive, grâce à ce petit jeu, si on doit travailler ensemble, nous aurons déjà eu une conversation sur ce qui fonctionne pour vous et moi, sur la façon dont vous et moi aimons travailler et sur ce qui nous alimente tous les deux. Ainsi, nous pouvons anticiper les conflits ou la connivence. En fin de compte, les images d’animaux ne sont que des exemples et des métaphores. La métaphore est utile dans le processus de co-création parce que c’est un langage partagé, vous pouvez apprendre énormément de choses sur quelqu’un en peu de temps parce que nous créons rapidement des conversations profondes. Nous voulons proposer cet outil en open source à tout le monde. Je suis une chercheuse mais je me considère toujours comme une designeuse. Je pense que nous devrions inviter plus de gens dans le processus de conception et je veux créer les outils et les conditions pour y parvenir. La boîte à images d’animaux n’est qu’un moyen d’encourager plus de gens à avoir des conversations créatives.

La co-création semble être un sujet stratégique pour Dropbox. Quel impact cela a-t-il sur le produit, qui évolue de plus en plus d’une solution de stockage à une suite d’outils co créatifs ?

Un changement culturel est en train de se produire dans le processus créatif. On s’éloigne de la notion de « génie créatif » ou d’une création isolée, pour se diriger vers une approche plus collaborative de la création. C’est un état d’esprit différent. Les outils et services digitaux doivent donc en faire autant, et Dropbox doit aussi y participer. C’est pourquoi mon équipe de chercheurs en design et moi-même développons une compréhension de la culture et des valeurs des équipes collaboratives les plus performantes. Cela doit nous permettre d’appliquer ces connaissances à Dropbox, qui s’est repositionné d’un outil de partage et de stockage de fichiers en outil de travail collaboratif. Toutes ces connaissances aideront l’entreprise à développer pour ses utilisateurs de
meilleurs produits de co-création, tels que Dropbox Paper, ou de nouvelles fonctionnalités qui
arriveront bientôt. Restez connectés !

 

Lire l’interview complète dans Swenson Mag Vol.03
en souscrivant à un de nos membership (à partir de 60€ par an)

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