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Auteur à succès. Serial Entrepreneur. Venture Partner chez Benchmark. Chief Product Officer de Adobe. Voici le tableau de chasse des différentes aventures entrepreneuriales de Scott Belsky. Si ce nom ne vous dit encore rien, vous allez bientôt le connaître.
La passion qui anime Scott est de rendre le monde créatif plus productif, plus connecté et plus ouvert aux nouvelles technologies. Pour preuve, les projets qu’il a dirigés et réalisés. Behance est probablement le plus connu. Racheté en 2012 par Adobe pour plus de 150 millions de dollars, Behance est aujourd’hui une plate-forme utilisée par des millions de créatifs pour partager leurs portfolios, mais également un outil pour suivre et trouver les meilleurs talents de l’industrie créative. Après avoir racheté la société, Adobe lui demande de rester pour reprendre en main la stratégie des produits sur mobile, un rôle qu’il a occupé jusqu’en 2016. Au-delà de ses projets en tant qu’entrepreneur, Scott est également Venture Partner chez Benchmark, l’une des principales sociétés d’investissement en capital-risque de San Francisco. Ne se contentant pas d’investir, il soutient les équipes en s’impliquant comme un mentor actif, d’autant plus dans les participations dans lesquelles il a investi personnellement, comme Uber, Pinterest ou Warby Parker.
Et bien qu’ayant cédé Behance à Adobe, Scott poursuit ses activités dans les domaines créatifs, organisant notamment l’événement 99U, conférence annuelle consacrée à la creative class. Défenseur indéfectible de la technologie, du potentiel créatif et de l’esprit d’entreprendre, Scott est également auteur du best-seller international, Making Ideas Happen, et est en cours de rédaction d’un deuxième livre qui devrait paraître d’ici la fin de l’année. 

Swenson a passé du temps avec ce serial entrepreneur pour parler de leurs valeurs et de leurs visions communes.

Scott, tu as une longue histoire avec Adobe depuis 2012. Peux-tu en dire plus sur ce nouveau chapitre et ton nouveau poste ?

Avec grand plaisir ! Depuis de nombreuses années, ma passion est de concevoir des produits pour
les professionnels de la création. À une époque où le travail devient une commodité et est
automatisé, les gens ont besoin de mettre à profit leur créativité. Il est donc extrêmement important pour moi, d’un point de vue personnel comme pour Adobe, de créer des outils et des services pour les créatifs, professionnels ou non, afin de les aider à exprimer cette créativité. Adobe a fait l’acquisition de ma société, donc une petite partie de ma vision est là-bas, et une grande partie de mon équipe, qui y travaille toujours. Je suis tellement passionné par l’évolution de leur stratégie, globale et produit, que lorsqu’ils m’ont proposé de revenir, j’ai eu l’impression que c’était une opportunité que je ne pouvais pas refuser.

Ta vision avec Behance était d’« organiser le monde créatif ». Comment définirais-tu ce monde d’aujourd’hui et comment a-t-il évolué depuis que tu as fondé Behance en 2006 ?

Je pense que lorsque j’ai créé Behance, la plupart des créatifs travaillaient soit dans des agences soit étaient en freelance, et donc dans une situation un peu précaire. Ils cherchaient des opportunités, mais il y avait très peu de transparence à l’époque, notamment sur les réalisations de chacun. Je pense que Behance, comme d’autres sites, a permis à de grands talents de trouver de belles opportunités. C’est devenu une plate-forme qui permet aux créatifs d’avoir de la visibilité, que ce soit pour être reconnu pour leur travail ou pour se lancer en free et trouver des opportunités business. Je dirais que c’est le plus grand changement. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas juste avoir votre portfolio sur votre site personnel, vous devez être dans un réseau pour que l’on puisse vous identifier et que vous puissiez échanger avec vos pairs. C’est aussi gratifiant de savoir que sur les dix dernières années, Behance est devenu un outil de référence pour les créatifs.

Selon toi, quels sont les prochains défis de l’industrie de la création ? Comment Adobe et Behance les relèvent-ils ?

Quand je ferme les yeux et que je pense au monde créatif dans trois ou cinq ans, c’est très différent. Je vois une suite d’outils dans le cloud, qui nous libère de notre bureau et nous permet de travailler d’où nous voulons, quand nous le voulons. Un monde où des outils comme Photoshop fonctionneront sur votre mobile ou votre iPad. Vous pourrez reprendre votre travail là où vous l’avez laissé, quel que soit l’appareil que vous utilisez ou l’endroit où vous êtes inspiré. Je vois aussi un marché avec moins d’intermédiaires, que ce soit les cabinets de recrutement ou les agences. Un monde où les créatifs auront accès à davantage d’opportunités business, permettant aux entreprises de les embaucher et de les payer directement, selon leurs conditions. Les créatifs reprendront la main sur leur carrière. Ils seront mieux équipés pour la gestion ou le recrutement, et seront plus efficaces sur le plan commercial.
Augmenter l’efficacité et la productivité, c’est le sujet sur lequel je me concentre avec les équipes produit d’Adobe. S’assurer que les créatifs peuvent accomplir plus avec moins d’effort. Si vous regardez le workflow actuel dans un produit comme Photoshop, ou de n’importe quel outil créatif, il y a beaucoup de tâches répétitives et sans valeur. C’est le genre de choses qu’on préfère confier à quelqu’un d’autre car ce n’est pas un travail créatif à proprement parler. C’est ce que nous devrions réussir à automatiser grâce à des technologies comme l’intelligence artificielle et un meilleur design produit, de sorte que cela vous rende plus productif.

Justement comment vois-tu l’intelligence artificielle ou la réalité virtuelle impacter la façon dont les créatifs travaillent aujourd’hui ?

Notre focus est dans le design de l’expérience. Ce n’est pas seulement une question de design du front pour un laptop, un mobile ou une tablette, mais bien l’intégration de nouveaux outils comme la voix et la réalité augmentée. Je pousse nos équipes à réfléchir à ce que sera le design de l’expérience de demain, et non pas celle d’aujourd’hui. Je veux être sûr que nous aidons les professionnels à réussir à intégrer et utiliser ces nouveaux outils, ce qui ne signifie pas nécessairement développer de nouveaux produits, mais améliorer nos outils existants avec ces nouvelles fonctionnalités. Par exemple, si vous créez une interface dans Adobe XD, et que vous voulez intégrer cette interface en réalité augmentée, que pouvons-nous faire pour la convertir automatiquement en une interface 3D ? C’est le genre de question que nous nous posons. Il est difficile d’apprendre à utiliser un nouvel outil, cela prend beaucoup de temps. Mais si vous êtes un designer et que votre client vient vous voir et vous dit : « Je veux aussi que vous fassiez une version vocale de cette application pour Alexa » ou « Je veux faire que cette interface fonctionne en réalité augmentée », vous devez pouvoir le faire sans trop de problème. Je pense que c’est l’une des possibilités et des responsabilités que nous avons en tant qu’entreprise : aider les designers à accomplir ce genre de projets. Nous développons un workflow pour aider les créatifs à y parvenir. Nous l’avons fait pour Photoshop par exemple. Vous pouvez prendre un fichier de Photoshop et l’utiliser dans notre outil Dimension qui va le transformer automatiquement en 3D. Au lieu de passer du temps à penser à quoi pourrait ressembler un logo sur une canette de soda, ou un autre objet 3D, ce produit le fait pour vous, parfaitement.

Revenons un instant sur ton parcours d’entrepreneur. Lorsqu’on lance une startup on a plutôt tendance à se concentrer sur un seul produit. Chez Behance, tu avais adopté une stratégie plus globale, qui se rapproche beaucoup plus d’une stratégie de marque. Pourquoi ?

Je dis souvent pour Behance que la fin a justifié les moyens. Nous ne nous sommes jamais éloignés
de notre mission, mais nous étions prêts à utiliser tous les moyens possibles pour y parvenir. C’est
comme cela que se construisent les marques aujourd’hui, particulièrement avec une vraie stratégie de contenu ou des événements pour se connecter à leurs clients. De plus en plus de marques e-
commerce par exemple ouvrent des magasins physiques. Il s’agit de créer une marque qui éveille
tous les sens. Je ne conseillerais pas à toutes les startups d’imprimer un livre blanc, d’organiser une
conférence et de sortir une techno en même temps, car je pense vraiment que cela peut vous tuer.
Mais si vous pouvez réussir à utiliser différents canaux pour atteindre votre mission, que ce soit par des contributeurs, des partenariats ou des tiers, et que vous arrivez ainsi à créer ce que j’aime
appeler une « marque holistique », c’est ce qui fera la différence. Cela vous démarquera de vos
concurrents. Vous êtes ainsi bien plus que le principal produit que vous vendez, et vous créez des
relations d’une manière que je ne peux même pas décrire. C’est une chose puissante.

Tu as bootstrappé Behance pendant plusieurs années avant lever des fonds. Penses-tu
qu’aujourd’hui les fondateurs de startups se concentrent trop sur la levée de fonds ?

Un autre de mes dictons est que « l’ingéniosité est plus forte que l’argent ». Avec trop de cash, vous ne développerez pas l’ingéniosité qui fera de vous un grand entrepreneur et un grand projet, capable d’affronter toutes sortes de difficultés. En tant qu’entrepreneur, j’ai dû bootstrapper Behance, ce qui m’a obligé à apprendre notre métier en profondeur, son fonctionnement et son rythme. J’ai appris tellement de choses grâce à cela, que ça mérite d’être partagé.

 

Entreprendre est la meilleure façon de rendre le monde meilleur.

 

Depuis 2010, tu investis dans des startups, comme Uber, Pinterest, Warby Parker et bien
d’autres, et tu rencontres aussi beaucoup d’entrepreneurs en tant que Venture Partner chez Benchmark. Comment définirais-tu l’entrepreneur d’aujourd’hui ?

C’est dur de généraliser. Beaucoup de personnes sautent le pas sans savoir comment faire et c’est
très bien ! Ça veut juste dire que cela peut prendre un peu plus de temps. Le plus important quand on entreprend est de se serrer les coudes assez longtemps pour y parvenir. C’est difficile de garder une équipe soudée, parce que vous pouvez avoir l’impression que vous n’y arrivez pas quand tout le monde a l’air de réussir. Si une équipe reste soudée assez longtemps, alors elle deviendra experte de son sujet et aura beaucoup de succès dans ce qu’elle fait. Mais il faut du temps, de la patience, et c’est rare. Plus un entrepreneur a de l’expérience, plus il en sait. Je suis toujours excité lorsque je rencontre des personnes qui font le grand saut, car je pense évidemment qu’entreprendre est la meilleure façon de rendre le monde meilleur. Créer quelque chose à partir de rien est, je pense, l’une des choses les plus gratifiantes que l’on puisse faire. Une erreur que font beaucoup d’entrepreneurs est de créer quelque chose parce qu’ils sont passionnés, et non parce qu’ils ont de l’empathie pour le « pain point » de leur client. J’encourage toujours les entrepreneurs à se concentrer sur le développement de l’empathie pour ces « pain points » avant de se lancer et de créer une solution.

Comment conseillerais-tu à un entrepreneur de penser aussi à lui et pas seulement au produit qu’il développe ?

Je pense qu’il s’agit de bien connaître vos forces et vos faiblesses. Savoir ce que vous faites bien et le faire davantage, et vous assurer que vous êtes là où vous pouvez donner le meilleur de vous-même. Mais c’est aussi reconnaître ses faiblesses. Savoir dans quoi êtes-vous prêt à être mauvais ? Quels sont les domaines dans lesquels vous n’êtes pas très fort ? Par exemple, moi, je ne suis pas très à cheval sur les process. Je ne suis pas la meilleure personne pour m’assurer qu’un process est suivi et j’ai besoin de m’entourer de très bons opérationnels et chef de projets. Ils me gardent sur le droit chemin et veillent à ce que le process avance, là où moi je pourrais laisser tomber. C’est quelque chose que j’ai découvert par moi-même et ça vaut de l’or. Parce que cela vous aide vraiment à bâtir une bonne équipe autour de vous, et à compenser ce qui vous manque.

 

Le milieu d’une aventure, quelle qu’elle soit, est le plus important, mais souvent le moment le plus ignoré et le plus mal compris. Nous aimons parler des débuts et des arrivées, mais pas de l’entre-deux.

 

Pour conclure, peux-tu nous dire quelques mots sur le livre que tu es en train de finaliser ?

Bien sûr ! Le livre est ma priorité en ce moment et sa sortie est prévue pour le mois d’octobre. Le titre est The Messy Middle, et raconte cette phase un peu étrange du ventre mou qu’on a quand on monte une boite ou un projet. Il s’agit d’avoir de l’endurance et de surmonter les écueils de tout projet entrepreneurial ou créatif. Le milieu d’une aventure, quelle qu’elle soit, est le plus important, mais souvent le moment le plus ignoré et le plus mal compris. Nous aimons parler des débuts et des arrivées, mais pas de l’entre-deux. Chaque entreprise ou projet créatif « va très bien » jusqu’à ce qu’il échoue. Les bosses tout au long de la route sont souvent endurées de manière isolée. Nous ne parlons pas du milieu parce que nous ne sommes pas fiers de cette phase de turbulences. Ce livre a pour but de changer cette réalité. Outre le livre, je travaille bien sûr chez Adobe, sur le développement et la stratégie produit. C’est assez amusant de diriger une équipe de développeurs chez Adobe d’un côté, puis de l’autre d’écrire sur la façon dont des équipes restent ensemble et persévèrent suffisamment longtemps pour réaliser quelque chose. C’est un très bon mix !

 

Lire l’interview complète dans Swenson Mag Vol.03
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